MESTRE BIMBA & MESTRE PASTINHA

En 1930, Getulio Vargas fut nommé à la tête du gouvernement du Brésil. Afin d’augmenter sa côte de popularité, il réduisit la répression concernant les formes d’expressions culturelle d’origine africaine, la Capoeira y compris, et en 1932 à Salvador de Bahia, Manuel dos Reis Machado, plus connu sous le pseudonyme de Mestre Bimba (1899-1974), ouvra la première académie de Capoeira. Cinq ans plus tard, en 1937, son académie de Capoeira fut officiellement reconnue par le gouvernement, et inscrite à l’Office de l’Education et de la Santé Publique. Il faut toutefois noter que la pratique de la Capoeira était tolérée par le gouvernement de Getulio Vargas dans les endroits délimités à cet effet, et sous contrôle policier uniquement.

Grâce à ses qualités d’enseignant et de combattant, Mestre Bimba attira beaucoup de monde dans son Académie. Il fit de la Capoeira un sport athlétique ainsi qu’une manière efficace d’autodéfense, donnant ainsi naissance à la « Capoeira régional » que l’on connaît aujourd’hui. Mestre Bimba révolutionna la Capoeira et créa huit séquences d’entraînement, dans lesquelles les attaques et défenses des deux Capoeiristes sont prédéterminées, connues sous le nom de sequência de Bimba, ainsi que la cintura desprezada, plusieurs sortes d’acrobaties effectuées à deux, et ajouta enfin à sa Capoeira Régional d’autres coups provenant du « Batuque », une sorte de danse combat fort bien maîtrisée par son propre père. Souvent critiqué, à ses débuts, par les autres Capoeiristes, le nouveau style de Mestre Bimba s’avérait néanmoins très efficace, ce que son créateur ne tarda pas à démontrer en défiant et battant plusieurs challengers. Petit à petit ce style nouveau gagna en popularité pour enfin se répandre dans tout le Brésil.

En 1927, Mestre Bimba et ses élèves firent la première démonstration officielle de Capoeira devant le Général Juracy Magalhaes, gouverneur de l’état de Bahia de l’époque, présentant ainsi pour la première fois la Capoeira comme moyen d’expression culturel du peuple brésilien.

 

C’est Mestre Bimba qui inventa la cérémonie de baptême de Capoeira en 1936. Il s’agit d’une grande fête planifiée des mois à l’avance, à laquelle sont conviés des maîtres du monde entier. Le but de cette cérémonie est de faire « officiellement » rentrer des élèves dans le monde de la Capoeira en les faisant chuter, lors d’un «jogo» avec un maître qu’ils ne connaissent normalement pas bien, ainsi qu’en leur donnant un surnom de Capoeiriste. La chute est normalement anodine, mais l’émotion très forte pour tout le monde, et cette cérémonie se solde par l’obtention de la première graduation, la première ceinture.

 

L’Académie de Mestre Bimba fut tellement populaire, qu’elle attira des élèves provenant de classes sociales élevées. En effet, jusqu’alors réservée aux classes inférieures, qui l’utilisaient, en majeure partie, comme moyen de survie, à travers vols et délinquance, la Capoeira de Mestre Bimba se souciait énormément de sa respectabilité. Ainsi, en opposition à l’image de malandro que la Capoeira donnait jusqu'à présent, Mestre Bimba s’efforça de promouvoir ce sport comme quelque chose de respectable. Ce changement du milieu socio-culturel des pratiquants correspondait, en fait, au changement du type de jeu proposé par Bimba, agrandissant encore le fossé entre l’ancienne Capoeira Angola, et la nouvelle Capoeira Régional.

Après 50 ans d’enseignement et de démonstrations multiples à travers tout le pays, Mestre Bimba, fatigué et mécontent du manque de sérieux que les officiels louaient à son sport, se retira à Goiâna, capital de l’état de Goias. Il espérait ainsi recevoir de l’état de Goias, la reconnaissance qu’il n’avait pas eu de la part des autorités à Salvador. Son vœu ne s’exauça pas et le 5 Février 1974, Mestre Bimba mourut loin de sa Bahia natale et de ses élèves qui l’avaient tant chéris. 

A cause de la création de la Capoeira Régional de Mestre Bimba, la Capoeira traditionnelle fut rebaptisée Capoeira Angola. Alors que la Capoeira Régional éclipsait progressivement le style traditionnel à travers tout le Brésil, seul Mestre Pastinha (1889-1981) et son groupe continuèrent à pratiquer la Capoeira Angola. Vicente Ferreira Pastinha, Mestre Pastinha apprit la Capoeira d’un Angolais nommé « Benedito » et ouvrit son académie de Capoeira peu de temps après l’ouverture de celle de Mestre Bimba. Son charisme, son goût pour le récit de ses multiples expériences, et sa fabuleuse Académie de Capoeira Angola au centre de Bahia (Pelourinho), firent de lui un personnage presque aussi légendaire que Mestre Bimba. Mestre Pastinha et son groupe firent une multitude de démonstrations dont une, en 1966 au « Premier festival des arts nègres de Dakar » en Afrique du Sud. Contrairement à Bimba, Mestre Pastinha croyait dur comme fer que la Capoeira était majoritairement issue d’Afrique, et non pas un produit cent pour cent brésilien.

Contrairement à la Capoeira de Mestre Bimba, réglementée et proposant une méthode progressive d’apprentissage, ainsi qu’un système de graduation, la Capoeira Angola accentuait plutôt l’aspect liberté d’expression et individualité.

Les dernières années de sa vie furent tristes car son Académie ferma en raison d’une rénovation du quartier dans lequel elle se trouvait, et, aveugle et pratiquement abandonné de tous, il mourut en 1981 à l’age de 92 ans.

 

Ces deux figures charismatiques, représentant les deux styles de Capoeira, ont énormément marqué ce sport, tant par le renouveau qu’ils ont apportés, que par leur personnalité si particulière. Leur travail ainsi que leur histoire sont tellement importants dans l’histoire de la Capoeira que dans la majorité des chants connus, et cela aussi bien en Capoeira Régional qu’en Capoeira Angola, leurs noms sont relatés et glorifiés.

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