L'ESCLAVAGE

Lors des deux premiers siècles de colonisation, toute forme d’expression culturelle africaine comme la danse ou ce qu’était la Capoeira à cette époque était autorisé et parfois même encouragé par les autorités locales dans le but d’accentuer les différences culturelles de chaque ethnie déportée pour ensuite mieux les diviser et les contrôler.

 

Mais en 1808 lorsque le Monarque Dom Joao VI « s’auto exila » au Brésil afin de fuir l’invasion de Napoléon au Portugal, toute forme d’art d’origine africaine fut prohibée, dans le but de dominer plus encore ce peuple déporté, en le privant de ses racines et de son identité culturelle. Le Monarque créa la première force de police organisée de l’histoire du Brésil appelée «Guarda Real do Palacio», garde royale du palace, pourchassant les pratiquants de Capoeira dans tout le pays. Pendant les années qui suivirent, la Capoeira fut considérée par l’opinion publique comme responsable de l’augmentation de la criminalité au sein des villes. Sa répression ne fut que plus forte et plus violente, et certaines brigades de police furent même conçues dans le seul but d’empêcher la moindre pratique de Capoeira. Cependant dans les grandes villes comme Salvador de Bahia ou Rio de Janeiro, plusieurs groupes de Capoeira se développèrent à l’abri des regards de la police, dans les «Quilombos», créant ainsi de vastes réseaux rivaux.

En 1828, le gouvernement brésilien fit appel à des mercenaires européens afin de renforcer ses troupes lors de la guerre de « Rio de Prata » contre le Paraguay. Mécontents de leur traitement au Brésil, ces mercenaires se révoltèrent contre le gouvernement, massacrant ainsi toute vie humaine qu’ils rencontrèrent sur leur passage. Leur périple s’arrêta lorsqu’ils rencontrèrent des esclaves, principalement tous Capoeiristes, qui mirent fin à cette révolte dans un immense bain de sang étranger. Ce fut un des rares moments de gloire de la Capoeira à cette époque.

Lors du passage de l’Empire brésilien qui dura 67 ans, entre 1822 et 1889, en République brésilienne, les monarchistes créèrent la Guarda Negra, Garde Noire, afin de protéger la Princesse Isabel des assauts républicains. Cette Garde Noire, essentiellement composée de noirs, et d’esclaves fraîchement libérés, tous Capoeiristes, et corps et âmes dévoués à la princesse, car elle venait de signer la Golden Law abolissant l’esclavage (1888), fût un véritable problème pour les partisans et combattants du régime républicain. Une fois cet obstacle vaincu, non sans mal, et la Monarchie détruite, le Général Deodoro da Fonseca, qui venait de proclamer la République, promit de tout tenter afin d’éradiquer la Capoeira de la société, et en 1892, la Capoeira fut proclamée hors-la-loi.

Les persécutions et les confrontations avec la police continuèrent, et la Capoeira commença à disparaître doucement à Rio de Janeiro et à Récife, persistant de manière plus marquée à Salvador de Bahia. C’est pendant cette période, entre 1900 et 1925, que des figures légendaires de la Capoeira, comme « Besouro Cordao-de-Ouro » à Bahia, « Nascimento Grande » à Récife et « Manduca da Praia » à Rio, apparurent. La particularité de ces légendes est la technique vaudoue pratiquée sur leur corps afin de le rendre invulnérable aux balles et aux lames de couteaux, on parle alors de corpo fechado, corps fermé. Ces figures emblématiques de la Capoeira étaient redoutées de tous, d’une part à cause de leur grande maîtrise de cet art martial et d’armes diverses, et d’une autre part à cause de leurs corpo fechado.

 

Le début du XXe siècle n’augurait rien de bon concernant l’avenir de la Capoeira. En effet, elle était considérée comme un fléau national, et à force de répressions sévères dans tout le pays, et la disparition souvent mystérieuse des figures légendaires au corpo fechado, la Capoeira devint moins agressive, se rapprochant plus d’une simulation de lutte rythmé par des instruments de musique que l’on connaît aujourd’hui, que de combats féroces et sanglants menés jusqu’alors.

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