CAPOEIRA CONTEMPORAINE

Aux alentours de 1940, les Capoeiristes de Salvador de Bahia commencèrent à immigrer dans diverses grandes villes comme Rio ou Sao Paulo. À cette époque, l’état de Bahia et sa capitale restèrent néanmoins reconnus comme étant « La Mecque » de la Capoeira.

 

Vers 1960, certains Capoeiristes de Rio de Janeiro, ayant étudié avec Mestre Bimba à Salvador, retournèrent dans leur ville d’origine et commencèrent à développer leur propre style. Dix ans plus tard, le groupe « Senzala » naquit à Rio promouvant leur style Régional-Senzala, et devint l’un des groupes le plus connus à travers tout le Brésil. Beaucoup d’autres groupes de Capoeira naquirent plus ou moins de la même manière à cette époque, augmentant ainsi le répertoire de style et de mouvements de la Capoeira.

 

Le 26 Décembre 1972, le Gouvernement brésilien reconnut la Capoeira comme un sport officiel et créa des règles officielles, Regulamento Técnico de Capoeira, et, s’inspirant des arts martiaux asiatiques, proposa un système de graduation pour le niveau des élèves, variant comme les couleurs du drapeau du Brésil. À Rio comme à Sao Paulo le même genre de graduation fut instauré, rendant ainsi la Capoeira plus attractive car plus ordonnée. Cependant, en fonction des différents groupes de Capoeira, les valeurs, voire les couleurs de chaque ceinture différaient énormément. Les régulations alors mises en places pour tenter d’uniformiser les couleurs des ceintures échouèrent, car tous les groupes de Capoeira ne furent pas unanime à l’adoption d’un projet encore récent, susceptible d’être encore amélioré par la suite. Cependant, en 1974, la Capoeira fut décrétée, par le Gouvernement, sport national du Brésil.

 

Dans les années 70 toujours, un championnat de Capoeira tenta d’être mis en place, avec ses juges et arbitres. La Capoeira devint, lors de ces manifestations, un art martial parmi tant d’autres perdant ainsi complètement l’aspect rituel, philosophique et ludique du sport. Cette parenthèse dans l’histoire de la Capoeira ne dura que quelques années n’ayant pour les pratiquants confirmés aucune signification réelle dans le monde de la Capoeira.

 

C’est au début des années 80, que la Capoeira commença à s’étendre au-delà des limites du Brésil s’exportant aux Etats-unis, en Europe et en Asie. La période de consécration absolue à Mestre Bimba et à Mestre Pastinha passa peu à peu, à Salvador, et d’autres Maîtres, d’une autre génération, comme Mestres Valdemar, Canjiquinha, Joao Grande, Joao Pequeno, Leopoldina, Suassuna, furent à leur tour adulés. Cependant la sagesse et la philosophie atteinte par ces Capoeiristes de renom ne suffirent pas pour les intégrer rapidement à la société en pleine expansion. Dans une ère toujours plus marquée par le tourisme, transformant le rituel de l’art de la Capoeira en un show pour vacancier, certains Maîtres dégoûtés de la tournure des évènements, et de la transformation des mentalités, réduisirent considérablement leur pratique alors que d’autres arrêtèrent complètement.

 

Avec l’essor de la Capoeira Régional de Mestre Bimba, le style traditionnel disparut presque complètement, même si quelques Maîtres continuèrent de l’enseigner. C’est aux alentours de 1985 qu’un retour en force de la Capoeira Angola se fit sentir obligeant certains vieux Mestres de Capoeira Angola à revenir sur le devant de la scène, ramenant les racines et les vraies valeurs de la Capoeira qui semblaient complètement perdues.

 

De nos jours, la Capoeira continue d’évoluer et de s’étendre à travers le monde, chaque groupe (Senzala, Gerais, Abada, etc…) possède ses propres particularités, ce qui crée une certaine richesse et fait avancer le sport même si certains groupes rivaux refusent toute interaction avec les autres. Les deux formes principales de Capoeira existent toujours, Régional et Angola, mais l’évolution continue. Ainsi, la Capoeira la plus pratiquée dans les écoles du XXIe siècle peut être qualifiée de Capoeira contemporaine, même si fondamentalement les bases restent celle de la Capoeira Régional de Mestre Bimba, l’évolution a amené quelques petits changements. Une autre nouveauté, crée par Mestre Suassuna, dans les années 80, afin d’éviter une trop grande agressivité des pratiquants, à récemment fait son apparition et se nomme Miudinho, mais ces styles de Capoeira différents seront discutés dans le prochain chapitre.

 

Ce qu’il se dégage principalement de cette petite histoire de la Capoeira, c’est le rôle qu’y joue la liberté. En effet, la Capoeira était avant tout un des instruments libérateurs du peuple noir déporté et opprimé. D’une certaine manière, elle leur permit de regagner une partie de leur liberté, en repoussant les colonisateurs, mais elle leur permit aussi une totale liberté d’invention quant aux choix des multiples règles et coutumes de cet art. Dans le développement plus moderne de ce sport, on constate aussi une certaine forme de liberté. Mestre Bimba a libéralement mélangé ce qu’était la Capoeira d’antan avec d’autres arts martiaux pour créer sa propre Capoeira, sans véritablement se soucier des racines de cet art. Cela continue d’ailleurs, encore de nos jours, avec la transformation du jeu de Bimba en une Capoeira contemporaine. Ce sentiment de liberté qui prévaut, même jusqu'à dans la construction du sport, est un élément important dans la compréhension générale de la Capoeira.

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